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Le chiffre terrifiant

L

e chiffre est terrifiant : un Tunisien sur trois veut quitter le pays. Le désir d'émigrer touche très exactement 33% de la population et cette envie de partir vers d'autres cieux est en augmentation constante. Certains plaideront qu'il ne s'agit que d'un sondage et qu'il n'a que la valeur d'une photographie de l'instant.

D'autres, les optimistes, verront dans cette enquête des raisons de se réjouir : à l'heure de la mondialisation, diront-ils, il est sain que les Tunisiens participent à ce mouvement et prouvent dans d'autres pays leurs talents et leurs capacités.

Je ne suis pas de ceux-là. Car comment ne pas voir que cette exode traduit de la désespérance? Que cette fuite est une réponse à une situation sociale dégradée et à un chômage grandissant. Qu'elle illustre le manque de confiance dans les possibilités économiques de la Tunisie. Que ce sauve-qui-peut est le symbole d'un découragement général. En ce sens il n'est pas surprenant que la tentation de l'exil soit surtout forte chez les mieux armés pour tenter l'aventure. C'est-à-dire les moins de 30 ans et ceux ayant fait des études supérieures.

Ce chiffre de 33% devrait être inscrit au fer rouge dans le cerveau des politiques. Plus que leurs rivalités politiciennes et leurs petites manoeuvres, voilà qui devrait les motiver et retenir leur attention avec d'autres indications qui vont toutes dans le même sens : la Tunisie a besoin non d'une tactique mais d'une stratégie, non de petites solutions mais d'un plan ambitieux, non de rivalités personnelles mais d'un destin commun. Les élections s'approchant, il serait bon que ceux qui y postulent comprennent cette nécessité et s'attélent à cette tâche. Cela devrait être leur objectif et, avec eux, celui de toute la nation. Que cette mobilisation se produise et alors, peut être, le chiffre terrifiant diminuera : les enfants de Tunisie voudront rester à la maison.

Edito